
J’ai pris les commandes d’une DSI en difficulté. Serveurs instables, prestataires incontrôlés, roadmap floue… Mais ce n’était pas ça le plus grave. Le plus grave, c’était le regard vide des équipes. Des techniciens compétents, mais usés. Des chefs de projet absents à eux-mêmes. Une forme de démission intérieure.
Aucune méthode ne règle ça. Aucun audit, aucun outil.
Ce qui redresse une équipe IT en crise, c’est d’abord une posture.
En 12 ans de management de transition, j’ai compris que le DSI n’est pas qu’un architecte de systèmes. Il est un vecteur d’énergie, de sens, de présence. C’est cette posture qui permet de recréer un collectif, de rouvrir les canaux, d’oser la rigueur — et la confiance.
Voici ce que je mets en œuvre, très concrètement, pour relancer une équipe IT démobilisée. Et ce que j’ai appris de mes erreurs comme de mes succès.
Présenter les choses clairement, sans fard ni panique
Dès le premier jour, je parle à l’équipe. En vrai. Pas en visio. Pas avec des slides. Je réunis tout le monde, même si c’est dans un couloir.
Et je dis :
“Je suis là pour redresser le système, mais je ne peux rien faire sans vous. On va y arriver ensemble. Pas par miracle, mais par méthode.”
Je pose un cadre franc et stable. Pas de fausse promesse. Pas de “ça ira mieux demain”. Mais une feuille de route simple :
– On va regarder ensemble ce qui fonctionne
– On va traiter ce qui fait mal
– Et on va se respecter dans ce processus
Cette première prise de parole, si elle est juste, restructure la confiance. Elle crée un espace de respiration.
Remonter les lignes cassées
Souvent, les circuits sont grippés. Un chef de projet qui n’ose plus parler à un métier. Un support qui travaille en silence. Un directeur qui n’écoute plus les alertes.
Je reprends personnellement les lignes de dialogue.
Je vais voir les équipes. Je prends le café avec le support. J’écoute. Je reformule. Je valorise. Et je remonte les signaux faibles à la direction. Pas pour dénoncer. Pour reconnecter.
J’explique : “Ce n’est pas que les équipes sont passives. C’est que personne n’a mis de sens depuis des mois.”
Montrer l’exemple… sans se mettre à la place des autres
Un DSI de transition n’est pas là pour faire à la place. Mais pour montrer que l’exigence est possible, même dans le chaos.
Je suis à l’heure. Je réponds aux messages. Je prépare les réunions. Je traite les points. Je fais ce que je dis.
Ce n’est pas du perfectionnisme. C’est de la lisibilité managériale. Et ça se voit très vite : les gens se redressent. Ils se remettent à s’investir. Pas pour moi. Pour eux. Parce qu’on leur redonne un cadre où leur engagement compte.
Tenir l’autorité sans écraser
Je pose des règles. Claires. Négociables parfois. Non négociables sur l’éthique, la sécurité, la transparence.
Et surtout, je tiens ces règles. Sans hausse de ton. Sans effet de manche. Mais avec constance.
Quand une dérive apparaît, je reprends en tête-à-tête. Jamais en public. Et je dis : “Ce n’est pas une option. On a besoin de toi dans le cadre.”
Cette posture d’autorité rassure. Parce qu’elle n’humilie pas. Elle élève.
Repérer les leaders naturels, même discrets
Dans chaque équipe, il y a des forces cachées. Des profils solides, mais silencieux. Des gens qui font, qui tiennent, mais qu’on n’écoute plus.
Je les repère. Je leur parle. Je leur donne une place.
Pas une promotion. Une responsabilité. Un projet. Une reconnaissance.
C’est souvent eux qui relancent l’équipe de l’intérieur.
Créer des succès visibles dès 30 jours
Je ne promets pas de tout résoudre. Mais je choisis 2 à 3 quick wins structurants, visibles, porteurs de sens.
– Un support réorganisé
– Un irritant technique levé
– Une réunion supprimée
– Un projet clarifié
Je communique dessus. Je félicite les acteurs. Je montre que le mouvement est engagé.
Cela change le climat. Cela redonne envie.
Les résultats que j’obtiens avec cette posture
En 100 jours, cette posture managériale permet :
– De restaurer l’autorité légitime du management IT
– De recréer une dynamique d’équipe
– D’identifier les ressources clés à valoriser
– De réinstaller un dialogue fluide avec les directions métiers
– Et surtout : de passer du mode défensif au mode projet
Pas avec des slides. Pas avec des mots. Avec une posture incarnée, crédible, stable.
Un DSI de transition n’est pas un technicien volant.
Il est un leader par la présence. Pas par le pouvoir, mais par le cadre qu’il remet.
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