Les quinze premiers jours d’une mission ne servent pas à produire un rapport

Quand une mission de transition commence, la tentation est forte de multiplier les entretiens, de collecter les documents, de cartographier les problèmes et de préparer une restitution complète.

C’est utile. Mais ce n’est pas suffisant.

Les quinze premiers jours ne doivent pas servir à produire un rapport de plus. Ils doivent déjà remettre l’organisation en mouvement.

La première responsabilité d’un manager de transition consiste à distinguer ce qui menace réellement l’entreprise de ce qui ne fait que produire du bruit.

Dans une direction des systèmes d’information, je cherche d’abord les ruptures possibles : continuité de service, cybersécurité, dépendance excessive à un fournisseur, compétences critiques détenues par une seule personne, projet majeur sans véritable pilote, budget non maîtrisé, dette technique devenue opérationnelle.

Tous les sujets ne se valent pas.

Une organisation peut survivre quelques semaines avec un reporting imparfait. Elle survivra beaucoup moins bien à une sauvegarde non testée, à un contrat critique non sécurisé ou à un projet structurant dont personne n’assume réellement la décision.

Mais le diagnostic technique ne représente qu’une partie du problème.

Je regarde surtout l’architecture de décision.

Qui peut arbitrer ? Qui porte réellement le risque ? Qui peut décider d’arrêter un projet devenu inutile ? Qui sait dire non à une demande non financée ? Qui peut expliquer la situation au COMEX sans se réfugier derrière le vocabulaire technique ?

Très souvent, les difficultés ne viennent pas d’un manque de données. Elles viennent d’une incapacité à transformer ces données en décisions.

Le premier résultat attendu n’est donc pas une cible parfaite, ni un schéma directeur définitif.

C’est une lecture partagée de la réalité.

Avant le quinzième jour, quelques décisions visibles doivent déjà avoir été prises : sécuriser un point critique, nommer un responsable, clarifier une escalade, suspendre une dépense, remettre un projet sous contrôle, rétablir un rituel de gouvernance ou présenter au COMEX une vision compréhensible des priorités.

Ces premières décisions ont une fonction essentielle : elles prouvent que l’organisation peut de nouveau agir.

Le diagnostic devient alors un outil de transformation, et non un exercice d’observation.

C’est aussi l’un des fils conducteurs de mon livre Cyberdéfense et Résilience : la résilience ne repose pas seulement sur les technologies, mais sur la capacité de l’organisation à comprendre ses dépendances, à arbitrer sous contrainte et à agir avant la rupture.

Le livre est disponible ici :
https://www.amazon.fr/s?k=Cyberdefense+et+Resilience+Guy+de+Lussigny

Le rôle du manager de transition n’est pas de devenir indispensable. Il est exactement inverse.

Il doit réduire la dépendance de l’organisation à l’égard des individus, y compris à son propre égard. Cela suppose de clarifier les responsabilités, de remettre les arbitrages au bon niveau, de rendre les indicateurs lisibles et de transmettre ce qui a été compris.

Une mission réussie ne se mesure pas seulement au nombre de problèmes résolus.

Elle se mesure à la capacité laissée derrière soi : décider plus vite, mesurer mieux, alerter plus tôt et maintenir le cap sans dépendre d’une personne providentielle.

Un rapport peut décrire une organisation.

Les quinze premiers jours doivent déjà commencer à la transformer.

À votre avis, quel résultat concret doit absolument être visible avant le quinzième jour ?

#ManagementDeTransition, #DSI, #CTO, #Leadership, #TransformationNumérique, #CyberRésilience


En savoir plus sur GDL T&C

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

En savoir plus sur GDL T&C

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture