
Je me souviens de cette première réunion. Huit personnes en salle. Pas un regard, pas un mot. Les caméras Teams étaient coupées pour les absents. On aurait dit une équipe vidée de sa substance. Pourtant, techniquement, chacun savait faire son travail. Mais tout s’était effondré : la dynamique, la confiance, le sens.
Ce genre d’atmosphère, je le rencontre souvent en mission de transition. Une DSI épuisée par les urgences, isolée du reste de l’organisation, sous tension avec les métiers, oubliée des plans de transformation. Et dans ce contexte, aucune relance technique ne fonctionne sans une relance humaine.
Alors, comment réengager une équipe IT démotivée, parfois blessée, souvent désabusée ? Pas avec de grands discours. Avec des actes simples, visibles, structurants. Et surtout rapides.
La première chose que je fais : j’écoute.
Cela peut sembler banal. Mais dans 80 % des cas, c’est la première fois depuis des mois que quelqu’un demande sincèrement aux équipes :
– Qu’est-ce qui vous bloque ?
– Qu’est-ce qui vous épuise ?
– Qu’est-ce qui ne sert à rien ?
Je mène ces entretiens en solo, sans hiérarchie. Et je prends des notes. Beaucoup de notes. Ce n’est pas un audit RH, c’est une cartographie des tensions. Et très vite, des motifs récurrents apparaissent : charge non priorisée, manque de reconnaissance, chaos de demandes contradictoires.
Deuxième levier : clarifier le cadre et les rôles.
Souvent, les équipes ne savent plus qui décide, qui priorise, où commence et où s’arrête leur périmètre. Je reformule une organisation simple, que je présente moi-même :
– Qui pilote quoi ?
– Qui rend compte à qui ?
– Quels sont les 3 objectifs prioritaires de chacun pour les 30 prochains jours ?
Cette clarification immédiate crée du soulagement. Même chez les plus critiques. Ce n’est pas autoritaire. C’est rassurant.
Troisième point : je protège l’équipe.
En mission, je reprends la pression externe sur moi. Je filtre les urgences, je bloque les demandes non cadrées, je remets de la discipline dans la relation avec les métiers. Je dis non. Je tranche. Et je fais en sorte que les équipes voient que quelqu’un tient la ligne. Résultat : elles peuvent recommencer à travailler. À se concentrer. À respirer.
Quatrième outil : la réunion quotidienne.
Ritualisée, courte (20 minutes max), structurée autour de 3 questions :
– Qu’as-tu fait hier ?
– Que vas-tu faire aujourd’hui ?
– As-tu une alerte ou un besoin d’arbitrage ?
Ce “stand-up meeting” recrée un rythme, une visibilité, une équipe. Je le facilite les 10 premiers jours, puis je désigne un relais. Ce petit geste transforme la perception du collectif.
Cinquième action : afficher les premiers résultats.
Je choisis 2 ou 3 “quick wins” visibles, opérationnels, qui résolvent un irritant concret. Et je valorise publiquement les personnes qui les ont portés. Pas en mode startup fake. Mais avec sincérité. Exemple :
– “Grâce à Émilie, le temps de réponse sur les tickets RH a été divisé par deux.”
– “Merci à Samir d’avoir documenté la procédure d’onboarding.”
Ce sont de petites victoires. Mais elles changent l’état d’esprit.
Sixième levier : mettre en place des règles de fonctionnement co-construites.
Je réunit l’équipe et je leur pose une question simple :
– Quelles règles pour mieux travailler ensemble, entre nous, et avec les autres ?
On écrit à trois colonnes : ce qu’on commence, ce qu’on arrête, ce qu’on poursuit. Et on se l’affiche.
Ce moment, presque toujours, produit un électrochoc : “On a de nouveau le droit d’avoir un cadre. Et ce cadre, on le construit ensemble.”
Enfin, je prends un moment pour donner une vision.
Pas une stratégie sur 5 ans. Juste une phrase claire :
– “Mon rôle, c’est de redonner à la DSI un sens, une fierté et une légitimité dans l’entreprise.”
Et je rappelle pourquoi leur travail compte. Je donne un cap. Et je m’y tiens.
Résultat ? En moins de 30 jours, l’équipe n’est pas transformée… mais elle est debout.
Elle recommunique. Elle se coordonne. Elle ose demander. Elle ose dire non. Elle propose. Elle s’engage.
Une équipe IT, ce n’est pas un tableau Trello. Ce n’est pas une matrice de compétences. C’est un collectif humain. Et comme tout collectif, il a besoin de clarté, de reconnaissance, de sécurité psychologique, et de sens.
En mission, je m’attache à recréer cela avant tout. Parce que sans ça, tout le reste — audit, cybersécurité, roadmap, gouvernance — échoue.
Un DSI de transition n’est pas là pour manager des process.
Il est là pour réveiller un collectif, créer de l’élan et remettre les gens en mouvement.
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