Cloud, prestataires, chaos : comment reprendre le contrôle

“On a tout externalisé, tout est dans le cloud. Et pourtant… rien ne fonctionne.” Cette phrase, je l’ai entendue plus d’une fois. Les outils sont là, les licences payées, les prestataires sollicités. Mais au quotidien, c’est la désorganisation, les lenteurs, les frustrations. Personne ne sait qui fait quoi, ni à qui s’adresser.

C’est l’un des paradoxes les plus fréquents aujourd’hui dans les systèmes d’information : l’entreprise croit avoir gagné en souplesse, en performance… alors qu’elle a perdu en maîtrise. Cloud, SaaS, infogérance, freelances, APIs : chaque brique apporte une promesse. Mais si la gouvernance ne suit pas, le tout devient un patchwork ingérable.

Dans mes missions de transition, je suis souvent appelé pour reprendre la main sur ce chaos doux. Voici ma méthode, étape par étape, pour reconstruire un pilotage clair, serein et durable.

Cartographier l’existant sans attendre la perfection

Je commence toujours par dresser une cartographie simplifiée :

– Quels sont les outils critiques (ERP, CRM, messagerie, GED, SIRH, etc.) ?

– Où sont-ils hébergés ? (cloud privé, SaaS, datacenter tiers, etc.)

– Qui les administre ? (interne, infogérant, éditeur, freelance…)

– Qui les utilise ? Pour quoi faire ?

Je n’attends pas un audit ISO complet. Je fais un diagnostic de pilotage. Et je classe les éléments en 3 catégories :

– Sous contrôle

– Sous surveillance

– Hors radar

Ce travail, réalisé en 10 jours, me permet de poser les bases du plan d’action.

Reprendre les contrats en main

Trop souvent, les contrats IT sont gérés par les achats, le juridique, ou… personne. Le prestataire envoie sa facture, les équipes râlent, et on paye. Personne ne sait ce que le contrat couvre vraiment.

Je centralise tous les contrats actifs :

– Prestataires infra

– Éditeurs SaaS

– Intégrateurs

– Consultants

Je vérifie :

– Qui est le propriétaire du contrat ?

– Quelles sont les obligations de service (SLA) ?

– Quelles sont les clauses de sortie, de sécurité, de responsabilité ?

Et je commence à renégocier là où c’est flou, coûteux ou non piloté. Mon objectif : reprendre la main juridique. Sans cela, pas de levier en cas de litige, de panne, ou de dérive.

Poser une gouvernance des prestataires

Je mets en place un tableau de pilotage des prestataires, partagé avec la DAF, la direction des achats et les métiers. Pour chaque partenaire, on suit :

– Périmètre contractuel

– Indicateurs de qualité (SLA tenus, incidents, satisfaction)

– Points de vigilance

– Arbitrages en cours

Je définis un “responsable de compte” interne pour chaque prestataire : il connaît le contrat, suit les engagements, remonte les alertes. Ce rôle peut être occupé par un opérationnel, mais il est structurant.

Et surtout : je revalorise la relation. Le but n’est pas de taper sur les prestataires. Le but est de faire équipe, mais dans un cadre clair.

Reprendre la maîtrise des accès

C’est l’un des angles morts majeurs. Entre les outils cloud, les comptes partagés, les prestataires, les anciens collaborateurs… le contrôle des accès est souvent inexistant.

Je demande un inventaire des comptes :

– Qui a accès à quoi ?

– Depuis quand ?

– Avec quels droits ?

Et je déclenche une campagne de revue des accès : suppression des comptes obsolètes, durcissement des mots de passe, généralisation du MFA.

En parallèle, je pousse l’unification des identités (SSO) via Azure AD ou tout autre annuaire cohérent. Cela permet de reprendre le contrôle de la sécurité et de la traçabilité.

Prioriser l’interopérabilité et la documentation

Quand tout est en SaaS, l’interconnexion devient vitale. Mais trop souvent, les APIs sont bricolées, les flux non documentés, les erreurs non tracées.

Je crée un référentiel des flux critiques (commandes, factures, données RH, etc.). Je vérifie :

– Qui pilote chaque interface ?

– Que se passe-t-il en cas de rupture ?

– Qui peut relancer ?

Et je mets en place une démarche de documentation vivante. Même minimale. C’est la seule manière de pouvoir évoluer sans dépendre d’un seul individu.

Réinstaller un pilotage métier

Dernier pilier : reconnecter l’IT aux métiers. Car souvent, la fragmentation du SI est la conséquence d’une déconnexion stratégique.

Je recrée des comités projets mixtes. Je demande aux métiers de prioriser leurs besoins. Je transforme les “demandes d’outils” en “besoins fonctionnels”. Et je redonne à la DSI son rôle de chef d’orchestre.

En moins de 100 jours, cette méthode permet :

– De restaurer une gouvernance claire

– De sécuriser les contrats et les accès

– De responsabiliser les prestataires

– De reconnecter IT et métiers

Et surtout : de redonner de la lisibilité et de la confiance à la direction.

Un DSI de transition n’est pas là pour surveiller des prestataires.

Il est là pour reconstruire une autorité numérique, lisible, responsable, et souveraine.


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