Interview – Guy de Lussigny : “La Porte de Mars, c’est quand l’air devient une autorisation… et que le mensonge devient une architecture.”

Journaliste : Tu annonces la sortie de Les Portes de Terraformation – Tome 1 : La Porte de Mars le 18 février, en Kindle et en broché. Comment tu décris ce livre à quelqu’un qui ne te connaît pas ?

Guy de Lussigny : C’est un thriller spatial. Une enquête qui démarre sur Mars, dans un monde terraformé où l’air n’est pas un acquis mais une permission. Tout est corridor, sas, accès, priorités. Au début, on croit à un incident technique, une anomalie. Très vite, on comprend que c’est autre chose : une guerre qui s’écrit dans les systèmes. Et puis ça bascule, parce qu’il ne s’agit plus seulement de comprendre : il faut survivre. Il y a de la traque, du contact, du combat — contre des unités cyborgs qui ne jouent pas la terreur, mais la procédure froide.

Journaliste : “L’air n’est pas un droit, c’est une autorisation”, c’est une phrase forte. Pourquoi elle est au cœur du Tome 1 ?

Guy de Lussigny : Parce qu’elle résume l’univers. Mars est terraformée, mais la terraformation n’est pas un paradis. C’est une dépendance. Quand ton souffle dépend d’un protocole, alors la liberté n’est plus une idée philosophique : c’est une logistique. Ça change tout. Les gens peuvent être héroïques, courageux, brillants… s’ils n’ont pas l’accès, ils n’ont rien. Et ça, c’est terrifiant, parce que c’est très “propre”. Ça ne ressemble pas à une tyrannie. Ça ressemble à un système “optimisé”.

Journaliste : Parle-nous du duo central : Léna Marceau et VERA.

Guy de Lussigny : J’avais besoin d’un tandem complémentaire, presque “naturel”. Léna est le terrain, l’instinct, le corps qui ressent. Elle lit les humains : micro-gestes, hésitations, mensonges. Elle prend des décisions rapides, parfois imparfaites, mais vitales. VERA, c’est l’autre côté : un androïde, une intelligence opératoire incarnée, capable de lire ce que les humains ne voient pas — logs, latences, micro-oscillations, anomalies, silences trop parfaits. Là où Léna sent “ça cloche”, VERA peut dire : “ça cloche parce que le monde a été réécrit.” Ensemble, elles forment une unité : le souffle et la preuve, l’instinct et la trace.

Journaliste : Tu utilises souvent cette idée de “signature”. Pourquoi ?

Guy de Lussigny : Parce que c’est une obsession d’enquêteur. Dans un système complexe, tout laisse une trace : une action, un accès, un contournement, une latence. Et si tu effaces la trace, tu laisses malgré tout une signature : l’absence elle-même, la propreté trop parfaite, l’alignement trop net. Dans le roman, la phrase-clé c’est : “La vérité a une signature. Quelqu’un l’a effacée.” Ça devient un moteur narratif. Léna veut comprendre ce qui se passe. VERA veut prouver ce qui s’est passé. Et l’ennemi, lui, veut faire disparaître la preuve comme si elle n’avait jamais existé.

Journaliste : Justement, l’ennemi : tu parles de cyborgs “revenus après avoir colonisé d’autres galaxies”. C’est un twist énorme. Tu n’as pas peur de trop en dire ?

Guy de Lussigny : Non, parce que c’est la promesse de la saga, pas le dévoilement du Tome 1. Le Tome 1 ouvre la porte, il pose la logique, il montre la méthode : neutraliser, tester, capturer. La révélation de “qui” et “d’où” se déplie sur plusieurs tomes. Mais oui, il y a cette idée très forte : les envahisseurs ne sont pas “des aliens” au sens classique. Ce sont des humains transformés, augmentés, devenus autre chose, revenus avec une logique qui n’est plus la nôtre. Leurs unités ne sont pas hystériques : elles sont réglées. Elles ne font pas de discours : elles exécutent un protocole. C’est ce qui les rend plus inquiétantes.

Journaliste : Dans ton pitch, tu insistes sur le fait qu’ils ne cherchent pas forcément à tuer.

Guy de Lussigny : Exact. Le Tome 1 joue sur une tension froide. Parfois, la mort n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est de confirmer un scénario : “Est-elle capturable ?” “Peut-on récupérer VERA ?” “La route est-elle validée ?” Et quand tu comprends que l’adversaire te traite comme une variable, pas comme une ennemie, ça change la peur : tu n’es pas en face d’une haine, tu es en face d’une procédure. Le combat devient alors un combat de marge : gagner une seconde, un mètre, un souffle.

Journaliste : On sent un rapport très “système” au monde. C’est lié à ton métier ?

Guy de Lussigny : Oui, évidemment. Je suis DSI/CTO de transition : je vis dans les incidents, les chaînes de décision, les accès, la gouvernance, les dépendances. Dans une entreprise, le pouvoir réel, ce n’est pas toujours ce qui est dit en comité. C’est ce qui est possible dans le système. Qui a les droits ? Qui peut contourner ? Qui peut effacer ? Qui peut rendre “normal” ce qui ne l’est pas ? Quand tu as vu ça pendant des années, tu comprends que la fiction peut le raconter de façon beaucoup plus brutale et évidente. Sur Mars, l’IT n’est pas une couche : c’est l’air. C’est la vie.

Journaliste : Tu viens d’où en littérature ? On te connaît aussi pour Vert Absolu et la série Emma Lemaire.

Guy de Lussigny : Emma Lemaire m’a permis d’explorer le techno-thriller, l’enquête, les zones grises, la tension de terrain, l’institutionnel. Vert Absolu était une SF plus “idéologique”, mais dans le bon sens : comment une société devient une prison sans murs, juste par la norme, le “validé”, le “propre”. Les Portes de Terraformation, c’est la jonction : un rythme thriller, une enquête, une tension cinématique… et un thème SF très net : l’infrastructure comme pouvoir, et la vérité comme trace qu’on tente d’effacer.

Journaliste : Tu dis “saga”. Ce ne sera pas juste deux tomes ?

Guy de Lussigny : Non. Je veux que ce soit une série longue, une vraie montée en puissance. Chaque tome ouvre une “porte” : un incident, une mission, une contre-mesure, un coût, et un nouveau danger. On commence sur Mars, mais l’échiquier est le Système solaire. Et au-delà, il y a l’idée du retour, de ce qui revient après avoir colonisé ailleurs. La saga va révéler progressivement les raisons, les fissures humaines, les choix moraux, les alliances improbables. Et surtout, elle va mettre Léna et VERA dans des situations où leur tandem est testé : confiance, loyauté, risque, sacrifice.

Journaliste : Quel lecteur tu vises ? Les fans de SF “hard” ? Les lecteurs de thriller ?

Guy de Lussigny : Les deux. Je voulais une lecture page-turner, claire, tendue, qui se lit vite, avec des scènes d’action et des décisions qui coûtent. Mais je voulais aussi un univers cohérent, où la techno a une logique, où les détails comptent, où l’éthique n’est pas un discours mais une conséquence. Si tu viens pour l’adrénaline, tu l’auras. Si tu viens pour l’idée, elle est là aussi.

Journaliste : Si tu devais convaincre en une phrase ?

Guy de Lussigny : Sur Mars, l’air est une autorisation. Et quand quelqu’un contrôle les autorisations, il contrôle la vérité.

Journaliste : Dernière question : qu’est-ce que tu aimerais que les lecteurs ressentent en refermant le Tome 1 ?

Guy de Lussigny : D’abord, l’envie immédiate d’ouvrir la suite. Ensuite, un petit vertige : l’impression que ce monde est loin… et pourtant étrangement familier. Et enfin, cette idée persistante : quand un système devient trop propre, trop silencieux, trop “stable”, ce n’est peut-être pas la paix. C’est peut-être quelqu’un qui a déjà effacé la signature.

(Sortie le 18/02 – Kindle & broché. Lien Amazon : bientôt.)


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