
Jour 1 d’une mission. Le DG me tend un audit à lire. 87 pages, mal structurées, jargon illisible. Temps estimé de lecture : 4 heures. Temps utile ? Peut-être 20 %. J’ouvre mon outil d’IA générative, je prépare un prompt ciblé, et en 10 minutes, j’obtiens un résumé par thèmes, les alertes critiques extraites, et une liste de questions à poser au COMEX.
Ce jour-là, j’ai gagné du temps. Mais surtout : j’ai repris l’avantage. L’IA n’est pas un gadget. Bien utilisée, elle devient une extension stratégique du cerveau du DSI. À condition de savoir la piloter avec précision. C’est ce qu’on appelle le prompt engineering.
Dans cet article, je partage trois usages concrets que j’ai mis en œuvre en mission, pour aider une DSI en tension — sans transformer l’équipe en data scientists, et sans perdre de temps.
Premier cas : auditer la documentation d’un système oublié
Contexte : une PME industrielle rachetée par un groupe. Le SI local fonctionne, mais personne ne sait exactement comment. La documentation est dispersée, ancienne, incomplète. Les mots de passe sont dans des fichiers Word. Et le DAF me demande si “on peut garder l’existant ou s’il faut tout refaire.”
Je récupère les documents, exports de base, procédures, emails d’administration. En quelques minutes, je construis un prompt clair :
“Tu es un expert en architecture IT. Résume-moi les composants, les dépendances critiques, les zones de risque, les manques documentaires, et donne-moi 5 questions à poser au responsable IT.”
Résultat : un rapport synthétique, structuré, compréhensible par le COMEX. Et une base pour mener mon propre audit.
Sans IA ? Cela aurait pris 3 jours. Avec un prompt bien conçu ? 30 minutes. Et une prise de décision éclairée.
Deuxième cas : reconstruire une arborescence de gouvernance IT
Mission dans une mutuelle. La DSI est fusionnée avec la production, le marketing a ses propres outils, le RGPD est géré côté juridique, la sécurité par un prestataire. Personne ne sait qui fait quoi. On me demande une gouvernance “lisible”.
J’énumère toutes les fonctions IT, les acteurs, les doublons, les zones grises. Et je prépare un prompt structurant :
“Tu es consultant en gouvernance IT. Propose-moi une organisation cible, adaptée à une mutuelle de 300 personnes, avec une DSI agile, un RSSI externe, et un COMEX impliqué. Donne-moi les rôles, les responsabilités, et les circuits de validation.”
L’IA me propose un organigramme, une matrice RACI, et un plan d’animation mensuel. Bien sûr, je ne copie pas tout. Je sélectionne. Je réécris. Mais j’ai gagné du temps, de la clarté, et un angle de présentation immédiatement utilisable avec le DG.
Ce n’est pas magique. C’est efficace. Et surtout : c’est au DSI de piloter, pas à l’IA de décider.
Troisième cas : construire un plan de remédiation cybersécurité en langage DG
Mission chez un acteur de la santé. Suite à un audit ANSSI, le rapport est dense, anxiogène, illisible. Le DG panique, le DAF veut savoir combien ça va coûter, le RSSI est débordé.
Je synthétise les vulnérabilités, j’identifie les priorités, et je prépare un prompt stratégique :
“Tu es RSSI senior. Reformule ce plan technique en 10 actions concrètes, chiffrées, expliquées à un COMEX non technique. Donne une estimation de charge, un indicateur de risque, et une note de clarté.”
Résultat ? Un tableau simple, action par action, lisible, priorisé. Le DG comprend. Le DAF arbitre. Et moi, je reprends le contrôle du narratif.
Ce qui change tout, ce n’est pas l’outil. C’est le prompt. Le niveau de précision, de contexte, de rôle attribué à l’IA. C’est là que réside la vraie compétence. Ce que j’appelle, dans mes interventions, l’intelligence du pilotage assisté.
Mais attention :
– L’IA ne remplace pas l’analyse humaine. Elle l’accélère.
– Elle ne prend pas de décision. Elle éclaire.
– Et surtout, elle ne sait pas ce que vous ne lui dites pas. D’où l’importance du prompt.
Aujourd’hui, dans mes missions, je forme les équipes IT à cette pratique. Pas besoin d’être développeur. Il suffit de savoir :
– Définir un objectif clair
– Contextualiser
– Encadrer le rôle de l’IA
– Reformuler jusqu’à obtenir la bonne réponse
C’est un gain d’autonomie, de qualité, et de temps. Et c’est une compétence de plus en plus attendue chez les DSI modernes.
En mission, j’utilise l’IA comme levier d’impact rapide. Pour documenter. Pour explorer. Pour expliquer. Pour modéliser. Et je veille à partager mes prompts avec mes clients, pour les rendre autonomes à leur tour.
Un DSI de transition n’est pas là pour subir la technologie.
Il est là pour l’orchestrer intelligemment. Avec les bons outils. Et surtout, les bons mots.
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