
Une entreprise annonce une règle commune, puis découvre que chaque direction possède une bonne raison d’y échapper. Un outil doit être rationalisé, sauf pour un service stratégique. Un projet doit s’arrêter, sauf parce qu’il a déjà coûté cher. Un risque doit être traité, sauf pendant une période commercialement sensible. L’exception n’est pas nécessairement injustifiée. Elle devient problématique lorsqu’elle n’a plus de responsable, de durée ni de contrepartie.
Pour un COMEX, l’exemplarité numérique ne consiste pas à utiliser publiquement la dernière application. Elle consiste à accepter les conséquences des règles qu’il fixe : arbitrer, renoncer, financer et rendre compte. Une transformation perd sa crédibilité quand l’effort de discipline repose uniquement sur ceux qui exécutent, tandis que les exceptions de direction restent invisibles.
L’exception est une décision, pas un privilège implicite
Prenons un cas pédagogique : une direction souhaite conserver un logiciel en dehors du catalogue commun. Son besoin peut être réel. Le supprimer sans examen serait aussi peu rigoureux que l’accepter sans conditions. Il faut comparer le bénéfice métier, les coûts complets, les données concernées, les accès et la capacité à maintenir cet outil.
La bonne question n’est pas de savoir quel service a le plus d’influence. Elle est de déterminer si l’écart apporte une valeur suffisante et qui assume les conséquences. Un refus doit être argumenté ; une acceptation doit l’être également. Ce traitement rend la décision discutable sur les faits, au lieu de la laisser dépendre d’une négociation personnelle.
Construire un registre limité aux écarts importants
N’ajoutez pas une administration pour chaque détail. Commencez par les exceptions qui modifient un risque, un budget, une architecture ou un engagement de programme. Pour chacune, conservez le demandeur, le motif, le périmètre, le décideur et la date de réexamen. Ajoutez la solution normale à laquelle l’exception déroge : sans référence commune, l’écart reste impossible à apprécier.
Un registre utile précise aussi les mesures compensatoires. Un maintien temporaire peut exiger un contrôle supplémentaire, une documentation ou un budget de sortie. La décision ne se limite alors plus à « oui » ou « non ». Elle décrit les conditions dans lesquelles l’organisation accepte de vivre provisoirement avec une contrainte identifiée.
Mettre le coût de l’exception au bon endroit
Une dérogation paraît parfois peu coûteuse parce que sa maintenance est absorbée ailleurs. Le métier voit sa licence ; la DSI supporte les interfaces, le support et les interventions. Les achats voient le contrat ; les équipes perdent du temps à résoudre les incompatibilités. Aucun indicateur isolé ne montre l’effort complet.
Le COMEX doit pouvoir regarder ces conséquences ensemble. Il n’est pas nécessaire de produire une comptabilité artificiellement précise pour chaque minute. Il faut rendre visibles les activités supplémentaires et leur financement. Accepter une exception sans donner les moyens de la maintenir revient à créer une dette de fonctionnement que quelqu’un devra absorber plus tard.
Donner une durée aux décisions provisoires
Le provisoire devient structurel lorsque personne ne possède son échéance. Une exception doit donc comporter une date de revue et un résultat attendu à cette date. Ce résultat peut être une migration, une preuve supplémentaire ou une nouvelle décision. L’important est de ne pas confondre absence de discussion et reconduction tacite.
Lors de la revue, examinez ce qui a changé. Le besoin existe-t-il encore ? Le contexte justifie-t-il toujours l’écart ? Les engagements ont-ils été tenus ? Une exception peut être prolongée, mais la prolongation doit être assumée. Elle ne doit pas disparaître dans une mise à jour du tableau qui efface l’histoire de la décision.
Faire porter l’exemplarité sur les arbitrages
Un dirigeant est crédible lorsqu’il applique à son propre périmètre le niveau de preuve demandé aux autres. Cela peut signifier renoncer à une fonctionnalité, accepter un calendrier moins flatteur ou financer une remise en ordre avant un nouveau projet visible. Ces décisions sont moins spectaculaires qu’un lancement, mais elles disent précisément ce que l’entreprise considère comme prioritaire.
Le rôle de la DSI n’est pas de transformer chaque discussion en interdiction technique. Elle doit présenter les options et leurs conséquences dans un langage de direction. Le COMEX, lui, ne doit pas demander aux équipes de porter seules un arbitrage qu’il refuse de formaliser. Le mandat et la responsabilité doivent se rejoindre.
Commencer par un dossier qui revient sans cesse
Choisissez une exception dont le comité parle régulièrement sans conclure. Reconstituez le besoin initial, les décisions déjà prises, les coûts visibles et les dépendances. Préparez quelques options réellement exécutables, avec leurs limites. Terminez la réunion par une décision datée et un responsable, pas par une demande générale de « poursuivre les travaux ».
Quelques semaines plus tard, vérifiez si le sujet avance ou s’il revient sous un autre nom. Vous disposerez d’un indicateur concret de qualité de gouvernance : l’organisation sait-elle fermer une décision, ou se contente-t-elle de déplacer la discussion ? Cette observation vaut davantage qu’un tableau de transformation rempli de statuts rassurants mais sans effet vérifiable.
Un prolongement de la méthode DSI 360
L’avant-propos de Révolution Numérique ! de Guy de Lussigny relie explicitement dépendances, responsabilités et arbitrages. Il rappelle notamment qu’un contrat ne fait pas disparaître la responsabilité et que l’innovation ne remplace pas la maîtrise des données et des processus. Le registre d’exceptions proposé ici est une application de cette grille de lecture, et non la reproduction d’un modèle du livre.
Pour approfondir ces sujets avec une vision transversale du système d’information, découvrir Révolution Numérique ! et la méthode DSI 360. Pour traiter une situation réelle de DSI, de programme ERP ou de transformation qui n’aboutit plus à des arbitrages, échanger avec GDLTC sur un cadrage de mission. Le premier livrable doit rendre la décision possible, pas ajouter un document de plus.
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