Interview – Les Portes de Terraformation : quand la science-fiction parle de pouvoir, d’accès et de vérité

Vous venez de publier le tome 1 de Les Portes de Terraformation et vous préparez actuellement le tome 2. Comment est né cet univers ?

Cet univers est né d’un constat très contemporain : nous vivons dans des systèmes de plus en plus techniques, mais de moins en moins lisibles. L’air, l’énergie, l’accès, la mobilité, l’information… tout passe par des infrastructures invisibles. On ne vous dit plus “non”, on vous coupe l’accès. On ne vous combat plus frontalement, on vous déconnecte.

Les Portes de Terraformation part de cette idée simple : que se passerait-il si Mars était terraformée, mais que l’air n’était pas un droit naturel ? S’il fallait une autorisation pour respirer, circuler, survivre. À partir de là, tout devient politique, stratégique, violent — mais d’une violence propre, administrative, technologique.

Le tome 1, La Porte de Mars, est à la fois un thriller spatial et une enquête. Pourquoi ce choix ?

Parce que l’enquête est le meilleur moteur narratif pour révéler un système. Je ne voulais pas d’une SF contemplative ou décorative. Je voulais que le lecteur comprenne comment le monde fonctionne, qui contrôle quoi, où sont les points de rupture.

Léna Marceau, l’héroïne, n’est pas une guerrière au sens classique. C’est une enquêtrice sécurité inter-colonies. Elle traque des anomalies d’infrastructure, des incohérences de flux, des signatures effacées. Et plus elle creuse, plus elle comprend que ce qu’on lui présente comme des “incidents techniques” cache une architecture de pouvoir.

Justement, vous utilisez souvent cette phrase : “La vérité a une signature. Quelqu’un l’a effacée.”

Oui, c’est le cœur du projet.

Dans mes romans, la vérité n’est jamais une déclaration. C’est une trace. Un bruit résiduel. Une anomalie. Un log qui manque. Un silence trop propre. Et le travail de l’enquête consiste à lire ce que le système tente de masquer.

C’est très lié à mon parcours professionnel, mais aussi à notre époque : aujourd’hui, le mensonge n’est plus grossier, il est lisse.

Un personnage intrigue beaucoup les lecteurs : VERA, l’IA. Pourquoi avoir fait ce choix, et pourquoi ce “R.” devant son nom ?

VERA est centrale, et elle va prendre encore plus d’importance dans le tome 2.

Je ne voulais pas d’une IA toute-puissante ou omnisciente, ni d’un simple outil narratif. VERA est une entité d’analyse, de corrélation, de surveillance. Elle voit ce que l’humain ne peut pas voir : des patterns, des absences, des signatures statistiques.

Le “R.” est un clin d’œil assumé à la science-fiction classique, mais aussi une manière de rappeler que cette IA a une histoire, une généalogie, des couches. Ce n’est pas une voix magique sortie de nulle part.

Dans le tome 2, VERA va évoluer vers une forme androïde. Pourquoi ce choix narratif fort ?

Parce qu’à un moment, la vérité ne peut plus rester hors champ.

Tant que VERA est une entité désincarnée, elle observe. Mais le tome 2 pose une question plus radicale : que se passe-t-il quand l’IA doit agir dans le monde physique ? Quand elle prend un corps, donc des contraintes, une vulnérabilité, une responsabilité ?

L’androïde n’est pas un fantasme esthétique. C’est une limite. Un risque. Et un miroir tendu à l’humain. VERA devient alors un personnage à part entière, avec une présence, une exposition, et des choix qui ne sont plus purement abstraits.

Votre science-fiction est très ancrée dans les infrastructures, les systèmes, les rapports de pouvoir. Est-ce un positionnement volontaire ?

Totalement.

Je ne m’inscris ni dans la SF “technologique gadget”, ni dans la dystopie moralisante. Ce qui m’intéresse, c’est la mécanique du réel : qui contrôle les flux, qui définit les règles, qui peut couper l’oxygène — au sens propre comme au sens figuré.

Mon positionnement d’auteur, c’est celui d’un romancier qui utilise la science-fiction comme un outil d’analyse du pouvoir contemporain. Pas comme une fuite.

Vous avez vendu plus de 46 000 livres et publié 22 ouvrages. Est-ce que cela influence votre manière d’écrire aujourd’hui ?

Oui, profondément.

D’abord, parce que je sais que j’écris pour des lecteurs réels, exigeants. Ensuite, parce que je travaille sur la durée. Je construis des univers, des séries, des architectures narratives solides.

Je ne cherche pas le “one-shot”. Je cherche la cohérence, la densité, la montée en puissance. Les Portes de Terraformation est pensé comme une saga, avec des arcs longs, des révélations progressives, et un monde qui se complexifie à chaque tome.

Que peut-on attendre du tome 2 ?

Plus de tension. Plus d’exposition. Plus de coûts.

Le tome 2 élargit le champ : la menace devient plus claire, plus incarnée. Les cyborgs — issus d’anciens humains partis coloniser d’autres galaxies — ne sont plus une abstraction. Ils reviennent. Et ils connaissent nos systèmes mieux que nous.

Et surtout, les choix deviennent irréversibles.

Un dernier mot pour les lecteurs ?

Si vous aimez les récits où chaque décision a un prix, où la technologie n’est jamais neutre, et où la vérité se cache dans les détails… alors Les Portes de Terraformation est fait pour vous.

Ce n’est pas une saga sur l’avenir.

C’est une saga sur notre présent, poussé à son point de rupture.


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