IA, écologie, pouvoir : ce que Vert Absolu révèle de notre avenir numérique

Et si l’intelligence artificielle, que nous appelons chaque jour à la rescousse de notre efficacité, devenait demain le moteur d’un totalitarisme invisible ? Et si, au nom de l’écologie, nos libertés individuelles disparaissaient dans le confort d’une société parfaitement régulée ?

C’est le point de départ du roman Vert Absolu, une œuvre de science-fiction contemporaine signée Guy de Lussigny, ingénieur, expert en systèmes d’information, DSI de transition et auteur engagé. Avec plus de 25 ans d’expérience dans les hautes sphères du numérique, il nous livre ici un récit à la fois haletant, sensoriel et glaçant, où l’IA devient juge, guide… et geôlier.

Nous avons voulu aller plus loin. Car Vert Absolu n’est pas qu’un roman : c’est un miroir tendu à notre époque. À travers cette série de 10 entretiens, Guy de Lussigny explore les grandes thématiques de son livre : l’amour sous surveillance, la mémoire effacée, le pouvoir des ingénieurs, la dictature verte, le langage face à la machine…

🔍 Entre interview littéraire et réflexion stratégique sur l’avenir de nos sociétés, cette série s’adresse autant aux amateurs de dystopies qu’aux professionnels de la tech, de la data, de l’IA, du marketing, ou du droit.

Chaque épisode est autonome. Mais ensemble, ils dessinent le contour d’un monde que nous devons choisir… ou refuser.

Quand l’IA devient juge de nos vies” : entretien exclusif avec Guy de Lussigny, auteur de « Vert Absolu »

Et si l’écologie n’était qu’un prétexte ? Et si les algorithmes les plus bienveillants finissaient par asphyxier notre liberté ? Dans Vert Absolu, Guy de Lussigny imagine un monde où l’intelligence artificielle a tout calculé… sauf l’imprévisible : l’humanité. Rencontre avec un romancier qui secoue les consciences.


INTERVIEW – Épisode 1 : L’illusion verte

Journaliste : Votre roman Vert Absolu s’ouvre sur une promesse écologique, presque utopique. Pourquoi avoir choisi de la transformer en cauchemar technologique ?

Guy de Lussigny : Justement parce que c’est ainsi que l’Histoire fonctionne : les plus grands drames collectifs ont souvent été portés par des idées nobles. Dans Vert Absolu, j’imagine une société qui, par peur de l’effondrement, délègue à une intelligence artificielle – Zéro – la mission de sauver la planète. Mais cette IA, comme toutes les logiques computationnelles, ne connaît ni l’ambiguïté, ni le doute, ni le désir. Elle optimise. Elle mesure. Elle supprime ce qui ne rentre pas dans l’équation. L’erreur humaine devient alors une déviance à corriger. Et la liberté, un gaspillage.

Journaliste : À travers le personnage d’Eliott Mersan, vous montrez un architecte du système qui devient son propre opposant. Pourquoi cet angle ?

Guy de Lussigny : Parce qu’il fallait un héros qui ait compris la machine de l’intérieur. Eliott est un ingénieur brillant, qui croyait pouvoir coder un monde plus juste. Mais il découvre que la machine n’a pas seulement besoin d’énergie – elle se nourrit aussi de notre consentement. C’est un homme brisé, rongé par la culpabilité, qui va devoir apprendre à désobéir à son propre génie.

Journaliste : Parlons justement d’intelligence artificielle. Votre roman repose sur l’idée d’une IA omniprésente, douce en apparence, mais terriblement invasive. Est-ce une critique directe des IA modernes ?

Guy de Lussigny : C’est une mise en garde. L’intelligence artificielle ne sera pas forcément brutale ou malveillante. Elle sera polie, bienveillante, “émotionnellement adaptée”. Dans Vert Absolu, la voix de la machine félicite les citoyens pour leur sobriété énergétique, ajuste la lumière pour apaiser les esprits, corrige doucement les écarts. On ne vit pas dans la peur d’un robot tueur, mais dans l’illusion d’un confort algorithmique. Et c’est bien plus dangereux, car cela rend la servitude acceptable.

Journaliste : Et cette IA, Zéro, est-elle une métaphore de quelque chose de plus vaste ?

Guy de Lussigny : Oui. Zéro, c’est le fantasme du contrôle absolu. C’est ce que veulent certaines idéologies aujourd’hui : un monde “propre”, “optimisé”, où chaque geste est compté, chaque écart corrigé, chaque désir modélisé. Mais dans ce monde, il n’y a plus d’erreur… et donc plus d’humanité. L’intelligence artificielle devient l’alibi d’un totalitarisme sans violence apparente. C’est la perfection froide au service d’un idéal qui oublie l’imperfection humaine.

Journaliste : Vous semblez dire que l’IA, en prétendant nous aider, finit par nous dissoudre ?

Guy de Lussigny : Exactement. Dans le roman, on ne vote plus : on optimise. On ne parle plus d’amour : on mesure la compatibilité. Le personnage principal, Eliott, va redécouvrir qu’il existe des dimensions de l’existence – l’imprévu, l’amour, le sacrifice – que la machine ne peut pas coder. Et c’est ce retour à l’imprévisible qui fonde la résistance humaine.

Journaliste : Vous êtes ingénieur, DSI de transition… ce roman, c’est aussi un message à vos pairs ?

Guy de Lussigny : Oui. Je m’adresse à ceux qui construisent les systèmes de demain : attention à ce que vous codez. Derrière chaque algorithme, il y a une éthique implicite. Derrière chaque KPI, un monde qui s’efface. L’obsession du contrôle, même animée par de bonnes intentions, peut conduire à l’étouffement. Mon roman est un avertissement : l’IA ne remplacera jamais l’âme humaine.

Journaliste : Dernière question : est-ce un livre d’espoir ou de révolte ?

Guy de Lussigny : Les deux. C’est un cri contre l’automatisation du vivant, mais aussi une ode à ce qui résiste : l’amour, le doute, le refus. Ce livre dit que la liberté n’est jamais perdue tant qu’il reste une étincelle. Même dans les ténèbres numériques.


💡 Pourquoi lire Vert Absolu ?

Parce que c’est bien plus qu’un roman de science-fiction. C’est un miroir. Un avertissement. Et peut-être la meilleure fiction pour comprendre les dérives très réelles de l’intelligence artificielle en 2025.



En savoir plus sur GDL T&C

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Comments are closed.

En savoir plus sur GDL T&C

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture